Notre rapport d'activité !

Notre rapport d'activité est en ligne. N'hésitez pas à aller le consulter pour avoir une idée de la diversité de nos actions et mieux comprendre nos objectifs.

« Aller vers », c’est la proximité et l’action communautaire.

 

Les Relais d’Action de Quartier participent depuis maintenant 3 ans à la vie de vos quartiers. En tant que travailleur·euse·s sociaux·ales, nous voulons permettre l’accès aux droits fondamentaux pour toutes et tous, nous luttons contre les inégalités sociales et les inégalités de santé.

Le cœur de notre métier est de renforcer les liens entre les habitant·e·s, les associations et les institutions d’un quartier. Notre approche c’est « aller vers » dans une démarche visant à établir des liens solides en vue d’une mobilisation communautaire pour améliorer avec les habitant·e·s le bien-être dans les quartiers.

Aller vers les habitant·e·s c’est d’abord écouter et comprendre les besoins spécifiques d’un quartier, pour ensuite, saisir les dynamiques sociales et les besoins individuels des acteur·ice·s qui font vivre ce territoire.

En affinant continuellement nos connaissances des différents acteurs locaux, il nous est possible de faire une orientation ciblée vis-à-vis des demandes des habitant·e·s et de soutenir les initiatives communautaires.

La méthode pour « aller vers » la population varie, tantôt présent sur des marchés ou des évènements locaux comme des fêtes de quartier, tantôt en effectuant des maraudes et en accompagnant des personnes dans leurs démarches pour faire valoir leurs droits fondamentaux.

Nous avons pu constater des résultats positifs à travers cette approche de l’aller vers, en étant au plus proche des gens, nous avons pu rencontrer des personnes qui ne fréquentent pas les services sociaux et de soin, nous avons pu renforcer le tissu social-santé des quartiers et la confiance entre co-habitant·e·s de notre ville.

Il est important de continuer à mobiliser toutes les personnes concernées par le quartier, de rester constant et impliquer afin de surmonter les défis actuels et futurs qui traversent nos territoires et nos vies au quotidien, qu’ils soient sociaux, culturels ou environnementaux.

Vous pourrez découvrir dans ce 2ème numéro du BARAQA des initiatives accompagnées par nos équipes, de plus, vous trouverez de plus amples informations sur notre méthode de « l’aller vers » dans le cahier de la recherche : https://www.fdss.be/wp-content/uploads/23-32-A5_Cahier_Recherchaction14_07.pdf

Thomas Vanwynsberghe

«Tout va bien aujourd’hui»

Kenia avait six ans lorsque sa maman, Elia, a pris la décision difficile de quitter le Brésil et ses trois enfants pour venir en Europe et essayer de leur offrir un meilleur avenir. Vingt ans plus tard, elle a décidé de rejoindre sa mère en Belgique pour y trouver du travail. Anaïs, RAQ à Cureghem, l’a accompagnée dans ses démarches. Elle nous livre ici son récit, entre enthousiasme de l’arrivée et violences institutionnelles.

« Là-bas, la vie est très difficile », explique Elia. « Il est difficile de trouver du travail, et quand on en trouve, la rémunération est souvent très basse ». Travailler en Europe lui a permis de subvenir aux besoins matériels de sa famille, de financer les études de ses enfants et de les aider dans leurs avenirs. « C’était un grand sacrifice, mais ça en valait la peine. Aujourd’hui, je sais que c’était la bonne chose à faire » confie-t-elle.

Lorsque Kenia termine ses études d’architecte et une formation de yoga « pour aider toutes les personnes qui en ont besoin », elle décide à son tour de tout laisser derrière elle pour rejoindre sa mère en Belgique. Kenia exprime les aspects positifs de ce départ : « Je suis contente ici. C’est très différent du Brésil. Je pense que la diversité des personnes, c’est très bien. Au Brésil, je vivais dans une petite ville, ici c’est une grande ville. (...) Il y a beaucoup d'endroits différents, de beaux parcs aussi, je pense que c’est très bien. » Mais il y a évidemment des aspects plus difficiles : « Ce qui me rend triste, c’est ma famille, mon papa, ma sœur, mon frère. La cuisine aussi, c’est très différent de la Belgique, les saveurs. Le climat aussi, le temps ici est très froid (...) mais maintenant je suis contente parce que je suis avec ma mère (...) je pense que dans la vie, il y a des bonnes et des mauvaises choses. C’est bien de choisir les choses qui vont nous rendre heureux. »

Lorsque Kenia est arrivée en Belgique, elle tenait à s’intégrer et à mettre toutes les choses en place pour y parvenir. C’est la raison pour laquelle, malgré le peu de temps passé en Belgique, elle sait déjà tenir une conversation en français. On constate directement son enthousiasme et sa volonté de construire sa vie ici. Cependant, elle a dû passer par des moments très difficiles concernant son titre de séjour…

Quand Kenia est arrivée, elle a d'abord reçu un visa de touriste pour une durée de trois mois. Ensuite, elle a introduit une demande de regroupement familial. Pendant sept mois, Kenia a pu obtenir son attestation d’immatriculation, appelée "carte orange". Il s'agit d'un titre temporaire qui ne garantit pas l'installation permanente dans le pays, mais qui ouvre certains droits tels que l'accès aux soins de santé, la possibilité d'avoir un contrat de travail et l'accès au logement.

En novembre dernier, tout a failli s'effondrer pour Kenia et sa mère. Au début du mois, elle reçoit un courrier de la commune lui indiquant qu'elle ne s'est pas inscrite pour suivre un parcours d'accueil "primo-arrivant". Si elle ne le fait pas dans un certain délai, elle recevra une sanction administrative, c'est-à-dire une amende entre 100 et 2500 euros. C'est évidemment la panique : elle ne sait pas de quoi il s'agit et n'a jamais reçu d'information à ce sujet auparavant. Très vite, nous nous rendons dans un service agréé pour effectuer son inscription. Une travailleuse sociale très accueillante nous reçoit et nous explique les démarches et l'ensemble de ce fameux parcours pour primo-arrivant (tests et cours de français, cours de citoyenneté pour connaître ses droits et devoirs et un accompagnement psycho-social). Lorsque cette dame essaie d’inscrire Kenia, sa carte orange ne passe pas, comme si elle n'était plus valable alors qu’il reste trois jours avant son renouvellement.

Nous fonçons directement à la commune pour comprendre la situation. Nous attendons longtemps, très longtemps. Je ne peux malheureusement plus attendre avec elle. Finalement, Kenia apprendra qu'il n'y a pas encore eu de décision du comité et qu'il faudra revenir le lendemain ou le surlendemain pour vérifier la réponse et demander un renouvellement. Elle a peur et se rend en larmes à mon bureau. Je propose que l'on envoie ensemble un e-mail avec des documents prouvant son intégration et ses démarches.

Le jour de la date de péremption, nous retournons à la commune pour voir si nous pouvons effectuer le renouvellement. Là-bas, on nous indique un service et nous attendons plusieurs heures lorsqu’enfin arrive notre tour. On nous informe que la demande de renouvellement ne peut pas être introduite car le comité n’a pas encore remis sa réponse et nous ne sommes pas au bon guichet. Nous essayons d'expliquer que sans cette demande de renouvellement, Kenia ne pourra plus travailler et que c'est très angoissant. Peu importe, nous ne sommes pas au bon endroit, nous devons prendre un rendez-vous via Internet. La prochaine disponibilité n’est qu’à la mi-janvier. Ce n’est pas possible ! Que va-t-elle faire pendant deux mois ?

Le lendemain, Kenia, essaie d'être confiante et se rend à nouveau à la commune pour voir si la décision du comité est enfin arrivée : elle est négative et on ne lui propose pas une nouvelle carte de séjour. « Je me suis sentie rejetée. Parce que j'ai bien fait les choses, je pense que j'aide les personnes avec le yoga. Quand j'entends que je ne peux pas rester, je me sens rejetée et très triste… ». Heureusement, Kenia est motivée, pleine d'espoir et surtout, elle n'est pas seule. Entourée de sa maman, de son nouveau compagnon et des services compétents, elle n'a rien lâché.

Et finalement… c'est un déménagement qui l'a aidée ! Elle a informé la Commune qu'elle avait une nouvelle adresse avec sa mère. Ensuite, elle a relancé les démarches dans sa nouvelle commune de résidence. Kenia a ainsi pu obtenir, grâce à son dossier complet, une nouvelle carte orange pour une durée de six mois. Six mois où elle sera tranquille, elle pourra continuer à travailler, apprendre le français et suivre le parcours de primo-arrivant. « Je me sens confiante, je pense que ça va aller, que ça marche bien parce que je pense que j'ai tout fait correctement. Je pense que tout va bien maintenant. ».

Je reviens avec elle sur son ressenti de cette expérience à la commune, de tous ces allers-retours, ces longues heures d'attente... Kenia confie qu'elle « s'est sentie triste car elle (employée de la commune) n'avait pas d'empathie. Parce que c'est très difficile pour moi, je ne parle pas bien le français. Je suis là parce que j'ai besoin de ça, parce que je voudrais rester ici légalement. La personne doit améliorer son empathie. La première fois qu'on a reçu la carte orange, le monsieur était très gentil, si tout le monde travaille comme lui, ça marche très bien. Il me disait "tout va bien aujourd'hui", et maintenant moi et ma mère, tous les jours on dit "tout va bien aujourd'hui." ».

« Village Solidaire » à Flagey

Une douche ; une lessive ; un repas chaud ; un café ; des personnes avec qui discuter. Ces choses qui pour certain·e·s sont des évidences quotidiennes le sont nettement moins pour des nombreu·se·s habitant·e·s de Bruxelles (et d’ailleurs) vivants dans la grande précarité.

À Ixelles, tous les lundi après-midi une série d’acteur·ices de la commune s’installent pour former le « village solidaire », un lieu convivial où les gens peuvent accéder à différents services essentiels. Rencontre avec Armine et Juliette, « Relais d’Action de Quartier », qui participent au projet.

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En trois-quatre mots, comment résumeriez-vous le projet ?

Armine & Juliette : Tout d’abord, c’est « aller vers » car on ne reste pas dans un bureau, on va vers les personnes là où elles sont. Deuxièmement, le mot « village » parce que c'est comme ça qu'on l’appelle. C’est le village de la solidarité qui réunit « Bulles », « Rolling douche », « Bouche à oreille », « La Maison du Livre » et puis nous, les RAQ. Il y a aussi le mot « relai » dans le sens où nous on vient et selon les demandes, on peut relayer vers les services et personnes compétentes. Enfin, peut-être le double mot « écoute – lien ». L’écoute, c’est beaucoup ! Parfois, on n’a pas forcément de demandes sociales. En fait, on est là et on discute avec les gens.

Quels sont les profils des personnes qui viennent ?

A & J : Majoritairement des personnes sans-abris mais pas que... Il y a aussi des personnes isolées et/ou à faibles revenus, des gens qui viennent pour prendre leur douche ou faire leur lessive (ce sont surtout les sans-abris), d’autres pour manger ou encore juste pour discuter. Certaines personnes sont isolées et ont besoin de contacts. On a des personnes âgées qui se déplacent, qui viennent jusque-là juste pour la convivialité comme elles le disent.

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Qu’est-ce qui vous marque ou vous a marqué ?

Armine : En ce qui me concerne, je savais qu'il y avait des sans-abris sur Ixelles et à la place Flagey mais parfois on ne les voit pas… Mais ici, ils se réunissent tous·tes au même moment et au même endroit. Pour moi, c'était marquant. Il y en a beaucoup…

Juliette : Moi c’est le constat qu’il n’y a pas vraiment de dispositif pour les sans-abris sur Ixelles. Il n’y a pas d’accueil de jour permanent. Là, il va y a voir un accueil de jour mais c’est dans la logique « hivernale ». C’est comme si ça n’existait pas à Ixelles. On dirait que l’idée c’est un peu de les faire se déplacer ailleurs pour qu’on les accueille dans d’autres communes. Personnellement, je pense que c’est important que ce dispositif existe et que ces différentes ASBL convergent mais, encore une fois, c’est une démarche sparadrap pour tenter de résorber des problèmes structurels. Je suis parfois à me demander ce qu’on fait mais en même temps je pense que c’est important qu’on soit là. C’est quelque chose qui me travaille et une éternelle question du travail social : est-ce que tu es là pour colmater des choses qui te dépassent complètement et qui peuvent parfois contenir, justement, des mouvements de révoltes plus profonds ?

Qu’est-ce que vous avez appris via ce projet ?

A : Le sans abrisme c’est quelque chose que j’ai appris théoriquement pendant mes études mais je n’avais jamais travaillé pratiquement avec ces personnes. Dans le cadre du village solidaire je suis vraiment entré en lien avec elles et eux. C’est une culture. Moi, personnellement, j’apprends et je continue à apprendre beaucoup parce que c’est un public qui a ses spécificités. Il faut être super patient. Tout au début je me rappelle de cas où j’allais vers les gens directement mais il y en a qui n’aiment pas ça. Il vaut mieux attendre qu’ils viennent vers toi. Ils ne nous connaissaient pas et il faut les laisser nous connaitre petit à petit. S’ils ont une demande ils vont venir vers toi. Maintenant les gens que je ne connais pas j’attends qu’ils viennent vers moi. Même si je connais. Je montre que je suis là et que je suis disponible pour qu’ils n’hésitent pas. Ce n’est pas comme quand tu es assistante sociale dans un bureau et que tu reçois des personnes. C’est complètement différent.

Que voulez-vous ajouter ?

A : Personnellement, je suis très contente de ce projet. On ne l’a pas pensé et réfléchi tellement en amont. Ça s’est mis spontanément en rencontrant des acteurs de la commune et les personnes. Quand on sort, on peut mieux sentir les besoins. Pour moi c’est ça un bon projet. On va continuer en 2024. Sinon avec Juliette, ça se passe super bien ! On est très différentes, dans nos caractères et nos formations mais on se rejoint et c’est complémentaire. Au village, il y a certaines personnes avec qui Juliette a plus facile de communiquer que moi mais il y en a aussi qui viennent vers moi plus facilement. Moi, personnellement, je sais que je peux compter sur elle.

Témoignages : Juliette Mekhitarian et Armine Tovmasyan

Propos recueillis par Jonas Guyaux

Atelier de quartier BRI-Co à Saint-Josse

 

C’est au bas des tours HBM à Saint-Josse que s’est installé un BRI-Co (Bureau de Recherche et d’Investigation sur les Communs). A cette occasion, les habitant·e·s étaient invité·e·s à venir partager un thé, un café ou un repas chaud pour discuter de la « mémoire du quartier ». La participation fut importante et les échanges riches ! Retour de Zine El Barouta (RAQ), sur cet événement marquant.

« J’habite ici depuis 40 ans et je vois que mon quartier s’est dégradé… J’aimerais lui rendre hommage ». Ces mots ont été prononcés par une habitante du quartier aux travailleur·euses du Projet de Cohésion Sociale Botanique. En organisant différents événements, les acteur·ice·s du quartier ont voulu soutenir cette demande, qui émane également d’autres habitant·e·s. L’idée étant de recueillir et valoriser les récits des Tenoodois sur leurs lieux de vie en encourageant la participation des habitant·e·s à la démarche.

C’est dans ce contexte qu’un atelier de quartier utilisant le dispositif BRI-Co a été proposé. Ce furent 3 jours merveilleux de rencontre autour d’un bon repas ou d’une tasse de café. J’ai été honoré d’écouter tous ces récits de vies. Recueillir des témoignages avec les habitant·e·s, c’est engager une conversation pour creuser le beau passé du quartier et ses aspects positifs sans directement le renvoyer aux problèmes dont il souffre.

Voici quelques personnes que j’ai pu rencontrer :

Un jeune couple belgo marocain, un informaticien et une maman de foyer tenaient à nous rendre visite pour cet évènement car ils habitent à 5 mètres de la place. Le mari nous a parlé de son passé dans le quartier lorsqu’il fréquentait diverses associations locales : le clou, le caveau, inser’action… Il m’a dit : « Parfois j’hésite à quitter le quartier mais les relations que j’ai nouées avec le voisinage et la présence d’un grand nombre d’infrastructures : associations, magasins, parcs, installations m’incitent à rester ».

M. Freddy (70 ans), actif dans un festival de films, vit à SJTN depuis 60 ans et connait bien tous les acteurs formels et informels, ainsi que l’évolution qui s’est produite dans la commune. Il reste toujours un militant communautaire et ne se lasse pas de sensibiliser la population dans tous les domaines. M. Freddy n’a jamais cessé de vanter les aspects positifs du quartier : « STTN est cosmopolite », « SJTN à l’esprit communautaire », « SJTN a passé plein de barrières », « On doit s’intéresser pleinement à la culture, l’enseignement, les jeunes », « On doit dénoncer la spéculation foncière », « Je ne comprends pas pourquoi les habitants fuient la commune alors qu’il y a tant des maisons à l’abandon ». M. Freddy est tellement nostalgique du passé qu’il considère qu’il y a quelques décennies, SJTN était la capitale du cinéma en raison de la présence d’un très grand nombre de salles (entre 7 et 8) ainsi que des distributeurs, labos pellicule, vendeurs des projecteurs….

Madame Fatima (la soixantaine), qui a lancé l’idée du projet « hommage », vit depuis une cinquantaine d’année dans le même quartier. Après la première vague de l’immigration fin des années 50 (où l’on a fait venir de la main d’œuvre du Maroc), elle et sa famille sont arrivées alors qu’elle n’avait pas plus de 6 ans. Comme tous les autres enfants, elle a été scolarisée jusqu’ à ce qui elle devienne une jeune femme et entre sur le marché d’emploi. Elle a travaillé comme vendeuse retoucheuse (lingerie)… Elle est étroitement liée au quartier mais elle regrette malheureusement l’état actuel du quartier, qu’elle considère comme étant dans un état misérable. « Quand je parle avec un cœur serré et crispé de choses négatives, j’en parle avec passion parce que j’aime cette commune et je veux restaurer son respect ». « Malgré ma frustration et ma déception que ce soit pour le travail associatif ou institutionnel, ou encore le bénévolat, je garde ici de merveilleux souvenirs et je termine avec mon slogan rituel : respectez ce quartier, comme vous respectez chez vous ».

A l’issue de ces trois jours, on a pu sentir que la solidarité est véritablement une valeur forte du quartier, qu’il y a des lieux emblématiques et des associations qui forgent une identité solide dans la diversité des cultures et des talents d’hier et d’aujourd’hui. La suite sera probablement riche en émotions puisqu’on envisage d’organiser un atelier d’expression artistique pour témoigner de cette mémoire commune.

Zine El Barouta