« Désolé, j’ai besoin d’aider ma maman qui est malade. »

« Désolé, j’ai besoin d’aider ma maman qui est malade. »

Courant du mois de mars, le samedi 07 précisément, notre service social de quartier, « L’Entraide de St-Gilles » a été cambriolé.
Quelques traces d’effraction, une fenêtre laissée ouverte, des armoires fouillées, des jeux éparpillés au sol, et la porte du bureau de l’assistante sociale fracturée.

Sur le moment, la colère a pris le dessus. Puis, très vite, elle a laissé place à l’étonnement.

Car en faisant l’état des lieux, un détail interpelle. Le vol, à proprement parler, ne concerne ni argent ni matériel de valeur. Ont disparu : une machine à café, une boîte de gaufres, et surtout les sacs de maraude, ceux qui contiennent du matériel de premier secours, des produits d’hygiène de base, des mouchoirs, deux thermos, du thé, du sucre…
Rien de superflu. Rien de revendable facilement. Seulement des essentiels.

Et puis, posé sur la chaise qui fait face au bureau de l’assistante sociale, celle sur laquelle s’asseyent d’habitude les usagers du lieu pour les accompagnements, un mot :

« Désolé, j’ai besoin d’aider ma maman qui est malade. »

Cette situation n’est pas un fait isolé. Elle s’inscrit dans une série d’événements qui, depuis plusieurs mois, se répètent et s’intensifient.
Le vol du tronc d’église qui sert à collecter les dons au profit de l’Entraide.

Une vitrine d’affichage cassée.

Les vitres de la porte d’entrée vandalisées.
Un départ de feu devant l’entrée du bâtiment.
Des tensions, parfois de la violence, lors des accueils-café.
Et, de plus en plus souvent, un manque de respect envers l’équipe du service social.

Cela commence à faire beaucoup.

Notre service social est déjà fragilisé par des difficultés financières récurrentes. Chaque année, nous nous battons pour rester ouverts. Nous faisons au mieux avec des moyens limités. Nous nous investissons pleinement pour accompagner les personnes qui en ont besoin.

Aujourd’hui, un autre sentiment s’impose : l’incompréhension.
Mais aussi l’épuisement.
Et une forme d’insécurité devenue presque permanente.

Que se passe-t-il ?

Que disent ces actes des difficultés vécues par les personnes les plus précarisées sur le terrain ?
Jusqu’où peut conduire la précarité ?

Quand une personne en vient à voler un service social, un lieu qui existe précisément pour aider, qu’est-ce que cela signifie ?
Comment comprendre quand ce qui est pris, ce sont des objets destinés à aider d’autres personnes en difficulté ? que faut-il comprendre ?

Ce sont aussi nos outils de travail qui disparaissent.
Comment continuer, concrètement, à accompagner sans eux ?

Dans quel climat les travailleurs sociaux sont-ils censés exercer leur mission ?
Avec quelles ressources, matérielles et humaines ?

Et plus largement, que dit cette situation de notre système de solidarité ?
Que dit-elle d’une société dans laquelle une personne malade ne peut être prise en charge dignement, au point que son proche en vient à voler pour répondre à des besoins essentiels ?

Dans la détresse, en vient-on à se voler entre personnes pauvres ?

Toutes ces questions restent ouvertes. Elles sont pour la plupart récentes ; liées à une conjoncture de plus en plus compliquée, tant pour les personnes que nous accompagnons que pour les services qui tentent d'effectuer leur travail avec des moyens qui diminuent.

Que faire de ces colères, ces étonnements, cette incompréhension ? Qu’est-ce qu’on peut prendre comme décisions, comme posture institutionnelle quand la précarité en arrive à se voler elle-même ?

Derrière ce mot laissé à l’assistante sociale, des excuses et le besoin d’aider une proche :

« Désolé, j’ai besoin d’aider ma maman est malade. »

Un article de l’entraide de St Gilles et Gissela, relais d’action de quartier